Elle s’appelait Marie-Louise Bombec. Fille d’ouvrier, ouvrière elle-même dans une fabrique de chaussures de Limoges, mariée à dix-sept ans. Rien, dans ce début de vie, ne semblait indiquer qu’elle allait un jour traverser seule l’Atlantique Sud à bord d’un avion, battre dix records mondiaux, entrer en résistance contre l’occupant et recevoir la plus haute décoration militaire de France.
Maryse Bastié n’a pas attendu que le monde lui ouvre une porte. Elle a décollé avant même que la piste soit libre.
Une pionnière aux records vertigineux (1925–1936)
C’est par amour qu’elle découvre le ciel. Remariée avec le lieutenant-pilote Louis Bastié, elle l’accompagne sur les terrains d’aviation, apprend à regarder voler, puis à voler elle-même. En 1925, elle obtient son brevet de pilote. Un an plus tard, son mari meurt. Elle pourrait tout arrêter. Elle devient instructrice.
Paris-Dakar en solitaire : l’exploit qui fit le tour du monde
En 1931, Maryse Bastié réalise deux exploits qui la propulsent dans la légende mondiale de l’aviation. D’abord, elle établit un record mondial d’endurance de 37 heures 55 minutes, seule à bord, quelque part au-dessus de la France. Puis elle relie Paris à Dakar en solitaire — 2 600 kilomètres au-dessus de la Méditerranée et du Sahara, à une époque où cette route n’avait encore jamais été parcourue par une femme seule aux commandes.
La presse internationale la couvre comme une héroïne. Les félicitations arrivent du monde entier. Elle a trente-trois ans.
✈ Maryse Bastié en chiffres
La traversée de l’Atlantique Sud : un Caudron Simoun, la nuit, seule
Le 30 décembre 1936, elle s’envole de Dakar à bord d’un Caudron Simoun. Destination : Natal, au Brésil. Elle traverse seule l’Atlantique Sud de nuit, sans radio, avec un compas et ses cartes. À l’arrivée, le Brésil lui fait une ovation. La France lui décerne huit décorations étrangères. Elle n’est pas encore au bout de ce qu’elle va accomplir.
Maryse Bastié et les IPSA : une histoire intime
Ce qui distingue Maryse Bastié de la plupart des aviatrices de records, c’est qu’elle n’a jamais volé pour elle seule. Voler était, pour elle, un acte de service.
1937 : elle rejoint les IPSA
En 1937 — l’année même où les Infirmières Pilotes Secouristes de l’Air reçoivent officiellement leur nom, leur uniforme et leur devise « inter aera caritas » (la charité dans les airs) — Maryse Bastié rejoint les rangs de l’organisation. Elle effectue son premier convoyage entre Paris et Nantes. Ce n’est pas un geste symbolique : c’est une décision militante, cohérente avec ses engagements pour le droit de vote des femmes depuis 1934 et son rôle croissant d’ambassadrice de l’aviation française.
Les IPSA, fondées trois ans plus tôt par Françoise Schneider, Corisande de Noailles et Lilia de Vendeuvre avec l’appui du général Denain, ministre de l’Air, rassemblaient des femmes issues des trois sociétés de la Croix-Rouge française. Leur mission : former des infirmières capables de voler, de soigner en altitude, de convoyer des blessés. Bastié y trouve un cadre à la mesure de ses convictions.
Un détail qui dit tout
En 1968, la flotte de l’Aéroclub des IPSA à Guyancourt comptait un Stampe baptisé « Maryse-Bastié ». Aux côtés de l’Emeraude « Hélène-Boucher », du Piper « Didier-Daurat » et de l’Ambassadeur « Adrienne-Bolland », son nom vivait sur les ailes du club — pas comme un hommage posthume, mais comme un fil tendu entre les pionniers et les pilotes d’aujourd’hui.

Source : Exposition « Des femmes et des ailes » — Croix-Rouge française / Tarn
1950 : elle baptise une promotion IPSA à Saigon
En 1950, la guerre d’Indochine fait rage. Les convoyeuses de l’air IPSA soignent des milliers de blessés dans des conditions extrêmes. C’est dans ce contexte que Maryse Bastié préside la cérémonie de baptême de la promotion IPSA « Just et de l’Epine » à Saigon, aux côtés du Général Bodet. Cette même année, à l’autre bout du monde, la baronne de Vendeuvre fondait l’Aéroclub des IPSA sur l’aérodrome de Guyancourt — avec un conseil d’administration composé uniquement de femmes pilotes.

Source : Exposition « Des femmes et des ailes » — Croix-Rouge française / Tarn
Bastié n’est pas une figure tutélaire de l’institution IPSA. Elle en est une membre active, jusqu’aux dernières années de sa vie.
La Résistance, puis les honneurs
Entre ces deux dates, Maryse Bastié a traversé la guerre comme elle avait traversé l’Atlantique : seule face au vide, sans garantie d’arriver. Pilote auxiliaire dès septembre 1939, elle achemine des avions vers le front. Blessée en vol en juin 1940, démobilisée, elle rejoint la Résistance dans le réseau Darius, porte des messages, assiste au camp de Drancy. Arrêtée par la Gestapo en 1944, relâchée faute de preuves. À la Libération, elle est Capitaine des Forces Féminines de l’Air.
En 1951, forte de ses 3 000 heures de vol, elle entre au service des relations publiques du Centre d’Essais en Vol de Brétigny. Le 14 juillet 1952, passagère dans un Noratlas au meeting de Lyon-Bron, elle meurt dans le crash de l’avion. Elle avait 53 ans.
De Bastié à vous : une filiation qui vole encore
L’Aéroclub des IPSA d’aujourd’hui n’est pas simplement l’héritier du nom. Il est l’héritier direct de l’institution que Maryse Bastié a contribué à construire. Fondé en 1950 par les Infirmières Pilotes Secouristes de l’Air de la Croix-Rouge française, le club a toujours fonctionné sur le même socle : le bénévolat, la transmission, l’accès au vol pour tous.
Les instructeurs d’aujourd’hui ne sont pas des salariés. Ce sont des passionnés — copilotes de ligne, capitaines retraités, pilotes brevetés qui ont un jour décidé de donner à leur tour. Exactement comme Bastié était devenue instructrice après la mort de son mari, parce que voler seul n’a de sens que si on transmet.
La flotte : dans le cockpit qu’elle aurait aimé
Des Robin DR400 et un Cessna Cardinal RG — des avions modernes, bien entretenus, équipés de glass cockpit. Bastié a piloté des Caudron à aiguilles, des Simoun sur cartes papier. Elle aurait sans doute regardé les écrans Garmin avec le même appétit qu’elle regardait les nouveaux moteurs de son époque : comme un outil de plus pour aller plus loin, plus sûrement. Découvrir la flotte du club →
La trajectoire de Maryse Bastié en un regard
📚 Sources historiques : Les éléments biographiques et les liens entre Maryse Bastié et les IPSA sont issus de l’exposition « Des femmes et des ailes », conçue par la commission Mémoire de la Croix-Rouge française, délégation du Tarn (Jean Carensac, dir.), avec le concours des archives de l’Aéroclub des IPSA. Consulter l’exposition complète sur Calameo →
Prenez les commandes à votre tour
Maryse Bastié n’a pas attendu d’avoir la permission de voler.
Elle a appris, s’est formée, et a repoussé les limites une à une.
À Guyancourt, Saint-Cyr, Étampes, et maintenant à Toussus-le-Noble, l’Aéroclub des IPSA forme depuis 75 ans des pilotes qui partagent ce même état d’esprit. Pas besoin d’être ingénieur ou militaire. Pas besoin d’avoir « toujours su » que vous vouliez piloter. Il suffit de commencer.



